Nagarjuna - Ryûju
Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Quatorzième Stance : La classification des pratiques par Nāgārjuna

Sur les pratiques difficiles de la voie des Sages et la pratique facile de la voie de la Terre Pure

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette quatorzième stance, Shinran continue la paraphrase de la prédiction du Laṅkāvatāra Soutra au sujet de Nāgārjuna commencée dans la stance précédente. Il parle ensuite de la classification des pratiques bouddhiques proposée par Nāgārjuna mettant en lumière la pratique facile de la voie de la Terre Pure.


Quatorzième stance du Shōshinge – Traduction

(14) Proclamant les enseignements insurpassables du Grand Véhicule,

宣説大乘無上法 – Sen zetsu dai jō mu jō hō

Il atteindra l’étape de la joie et la naissance dans la Terre du Bonheur-Paisible.

證歡喜地生安樂 – Shō kan gi ji shō an raku

Nāgārjuna démontre que les pratiques difficiles sont laborieuses, comme une randonnée,

顯示難行陸路苦 – Ken ji nan gyō roku ro ku

La foi réjouie étant une pratique simple, plaisante comme une croisière.

信樂易行水道樂 – Shin gyō i gyō shī dō raku


Quatorzième stance du Shōshinge – Commentaire : Sur les pratiques difficiles de la voie des Sages et la pratique facile de la voie de la Terre Pure

Les deux premiers vers de cette stance concluent la paraphrase que fait Shinran de la prédiction concernant Nāgārjuna issue du Laṅkāvatāra Sūtra. Cette fin de prédiction présente plusieurs points tout particulièrement intéressants pour Shinran.

Le premier est qu’elle relie explicitement Nāgārjuna à la voie de la Terre Pure. On y apprend en effet qu’il avait été prédit qu’il atteindrait la naissance dans la Terre du Bonheur-Paisible, autre nom de la Terre Pure du Bouddha Amida.

Le second est que, pour Shinran, cette prédiction clarifie le fait que Nāgārjuna était destiné à placer sa confiance dans la sagesse et la compassion infinie représentée par le Bouddha Amida en atteignant Shinjin. En effet, dans le second vers il est précisé que Nāgārjuna atteindra l’étape de la joie, qui est la première étape dans la carrière des bodhisattvas. A cette étape, le bodhisattva s’éveille partiellement, et pour la première fois, à la sagesse du Bouddha et obtient l’assurance de devenir lui-même un Bouddha. Cette étape est également appelée « sans-recul », étape où l’on rejoint les fixés dans le vrai ou encore étape des définitivement fixés. Ainsi, à cette étape le bodhisattva, bien que n’ayant eu qu’un aperçu infime de la compassion et la sagesse infinie, entre vraiment dans la famille des bouddhas et ne pourra plus retomber entièrement dans les voies mauvaises.  Cette réalisation apporte une grande joie à celui qui en fait l’expérience, d’où son nom.

Pour Shinran, atteindre cette étape de la joie et atteindre ce qu’il appelle Shinjin sont une seule et même chose. Il s’agit de l’expérience que nous réalisons lorsque pour la première fois nous laissons de côté notre égo et plaçons toute notre confiance dans la compassion et la sagesse infinies représentées par le Bouddha Amida. À ce moment précis, nous atteignons ici-même la naissance dans la Terre Pure, et nous ne pourrons plus jamais être complètement séparés de cette réalisation.

La troisième est que, pour Shinran, l’enseignement suprême et insurpassable du Grand-Véhicule qu’enseigne Nāgārjuna n’est autre que la voie de la Terre Pure en tant que chemin simple. Voie que ce dernier a lui-même expérimentée en parallèle du chemin complexe représenté par les pratiques reposant sur les efforts du pratiquant.

Ainsi Shinran porte peu d’attention aux aspects de la philosophie Madhyamaka de Nāgārjuna qui ont fait sa gloire et dont nous parlions dans la stance précédente. À la place, Shinran s’intéresse ici à la classification des enseignements et pratiques bouddhiques qu’effectue Nāgārjuna dans son « commentaire sur les dix étapes des bodhisattvas ». Selon ce commentaire, que Shinran cite dans le chapitre sur la pratique de son ouvrage principale le Kyōgyōshinshō :

Les enseignements du Bouddha contiennent de multiples chemins. De la même façon qu’il existe dans le monde des chemins difficiles et faciles – voyager à travers le continent étant plein de difficultés alors que voguer à bord d’un bateau étant facile – de même en est-il pour la voie des bodhisattvas. Certains s’engagent dans des pratiques rigoureuses demandant de nombreux efforts, alors que d’autres atteignent rapidement l’étape du sans-recul grâce à la pratique simple consistant à placer sa confiance [dans le Bouddha].

Pour Shinran, Nāgārjuna est vraiment le premier moine à mettre ainsi en lumière aussi clairement l’existence de ce chemin facile qu’est la voie de la Terre Pure, accessible même aux pratiquants qui auraient le plus de difficultés, en l’opposant aux pratiques difficiles de la voie des saints accessible uniquement à l’élite des pratiquants.

Treizième Stance du ShōshingeQuinzième Stance du Shōshinge
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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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