Kan Muryouju Kyou
Essais

Question d’un lecteur sur le Kan Muryōju Kyō

J’ai reçu dernièrement la question suivante d’un lecteur concernant le Kan Muryōju Kyō (le Soutra des contemplations du Bouddha Vie-Infinie) :

Actuellement, je lis “Les problèmes de la Foi et de la pratique  chez Rennyo à travers ses lettres“, traduction des lettres de Rennyō par Ōtani Chojun.
Dans la troisième lettre du fascicule  quatre, il est rapporté l’histoire  de la  reine Vaidehi et de son mari en prison. A l’issue de laquelle Rennyō explique que “c’est ainsi que selon le Kan Muryōju Kyō, l’enseignement  de la Terre Pure fut prêché pour la première fois.”
D’aucuns doutent de l’authenticité du Kan Muryōju Kyō. Or, d’après Ōtani Chojun : “C’est grâce à ce fait que le vœu originel d’Amida est actuellement prospère…”
Qu’en pensez-vous ?

Je vous propose de partager avec vous la réponse que je lui ai envoyé :

En préambule je tiens à préciser qu’étant donné que je ne suis pas prêtre dans le Jōdo Shinshū, la réponse que je vais donner n’engage bien entendu que moi. 

Tout d’abord il est important de noter que la remarque de Rennyō Shōnin et du Rev. Ōtani se base sur Shinran Shōnin qui lui même dit dans la préface à son œuvre principale le Kyōgyōshinshō

Lorsque les conditions nécessaires au développement de la voie de la Terre Pure arrivèrent à maturité, Devadatta réussit à persuader le roi Ajatasatru de commettre son terrible crime. C’est alors que Shakyamuni apparut pour encourager Vaidehi à se tourner vers la Terre du Bonheur Paisible. Montrant ainsi qu’il y avait un être prêt à accepter les enseignements de la Terre Pure.   

Ainsi nous voyons que ces êtres incarnés souhaitaient en toute bienveillance sauver tous les êtres de la misère et de la souffrance, et que le cœur de compassion du Héro du Monde s’étend même aux pires criminels, ceux qui blasphèment la Loi (Dharma) juste, et même à ceux qui sont entièrement dépourvus de la moindre racine de bien.”

On retrouve également une affirmation assez similaire de Shinran dans le “recueil de réflexions sur la Terre Pure”, traduit par le Rev Eracle dans le livre “Sur le vrai bouddhisme de la Terre Pure” à la page 49. Le “recueil de réflexions sur la Terre Pure” étant une sorte de résumé du Kyōgyōshinshō.

Concernant votre question, en effet le Kan Muryōju Kyō est considéré par de nombreux spécialistes comme un texte apocryphe Chinois. Mais cela ne s’arrête pas là, on pourrait notamment étendre ce questionnement sur l’attributions de textes au Bouddha Shakyamuni par exemple à tous les textes Mahayana ou Vajrayana. La plupart des spécialistes du bouddhisme ancien étant en effet persuadés que ces derniers n’ont pas été prêchés par le Bouddha Shakyamuni. Et en allant plus loin, nous pourrions étendre cette interrogation au canon Pali, considéré par certains comme représentant la véritable parole du bouddha Shakyamuni. Sachant que les textes n’ont été mis par écrit que plusieurs siècles après la mort du bouddha shakyamuni, peut-on être vraiment certain qu’ils représentent fidèlement sa parole ? 

Au vu de toutes ces incertitudes que nous reste t’il comme certitude à nous autres bouddhistes ? 

Pour moi il nous reste 2 choses : 

  • l’Histoire du bouddhisme à travers les siècles et son impact sur la vie de millions de personnes. Même si nous partons du postulat que ces textes n’ont pas été prêchés par le bouddha Shakyamuni, alors c’est qu’ils ont été écrits des pratiquants pour qui ces enseignements étaient fidèles à l’esprit du Bouddha Shakyamuni, en accord avec les 4 sceaux du Dharma permettant de déterminer si un écrit peut être qualifié de Bouddhiste. De plus, nous savons que ces enseignements ont fortement influencés positivement la vie de millions de personnes au cours de l’Histoire, dont les patriarches de notre école. 
  • Notre fois dans ces enseignements. La véritable question qui se pose à nous est : y a-t-il un meilleur enseignement pour moi que je puisse suivre afin d’avancer dans la voie bouddhique ? Est-ce que ces enseignements quand je les mets en pratique me rapprochent du but de la voie bouddhique ? Si les réponses sont oui, alors il s’agit de la bonne voie pour nous. 

Il est intéressant de mentionner le point de vue de Shinran lui-même sur ce doute dans le Tannishō (chapitre II), qui il me semble contient les deux aspects ci-dessus : 

Le Nembutsu est-il vraiment le germe de ma naissance dans la Terre Pure ou serait-il un acte qui me ferait tomber dans les enfers ? De manière générale, je n’en sais rien du tout ! Même si j’avais été trompé par sa Sainteté Hōnen et que je dusse tomber dans les enfers à cause du Nembutsu, je n’en aurais aucun regret. 

Voici pourquoi. Si je pouvais devenir Bouddha en m’appliquant à d’autres pratiques et qu’au contraire, je tombe même dans les enfers pour avoir dit le Nembutsu, je pourrais regretter d’avoir été trompé ; mais comme je suis incapable de quelque pratique que ce soit, les enfers seraient décidément ma demeure de toute façon.” 

Si le vœu primordial d’Amida est vrai, l’enseignement prêché par Shakyamuni ne peut être tromperie. Si les sermons du Bouddha sont vrais, les commentaires de Shandao sont vrais. Si les commentaires de Shandao sont vrais comment les enseignements de Hōnen seraient-ils vains ? Si les enseignements de Hōnen sont vrais, ce que moi, Shinran, je dis ne peut non plus être vide de sens, n’est-ce pas ?

Après tout, telle est la foi d’un imbécile comme moi. Là-dessus, que vous daigniez vous y confier avec foi et acceptiez le Nembutsu ou que vous le rejetiez, c’est le calcul de chacun d’entre vous.

Le Tannisho, traduit par Jérôme Ducor

Enfin, je voulais revenir sur le fait que sous un certain angle, le fait que le vœu d’Amida prospère actuellement grâce aux événements décris dans le Kan Muryōju Kyō est tout à fait vrai.

En effet, c’est principalement grâce à ce soutra et à son message promettant le salut même des êtres les plus viles grâce au Nembutsu que la voie de la Terre Pure a vraiment réussi à capturer l’intérêt et l’imaginaire Chinois et c’est développé en Chine. C’est ensuite grâce a cela que ces enseignements ont été passés au Japon et que plusieurs siècles plus tard nous discutons tous les deux par email.

J’espère que ces quelques réflexions pourront vous être utile. N’hésitez pas à revenir vers moi si vous souhaitez des précisions ou si vous avez d’autres questions.

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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