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Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Vingt-quatrième Stance : Shandao

Shandao – le troisième patriarche chinois du Jōdo Shinshū

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette vingt-quatrième stance, Shinran présente la pensée du troisième patriarche chinois du Jōdo Shinshū : Shandao.


Vingt-quatrième stance du Shōshinge – Traduction

(24) Seul Shandao fut à même de clarifier la véritable intention du Bouddha

善導獨明佛正意 – Zen dō doku myō bus sho i

Prenant pitié avec sympathie [de ceux aux pratiques] recueillies ou dispersées, les pervers et mauvais,

矜哀定散與逆惡 – Kō ai jō san yo gyaku aku

Il révéla que la lumière et le nom [d’Amida] sont la cause et la condition [de la naissance dans la Terre pure].

光明名號顯因縁 – Kō myō myō gō ken in nen

[Et expliqua :] « Quand le pratiquant entre dans l’océan de la grande sagesse du Vœu Primordial,

開入本願大智海 – Kai nyū hon gan dai chi kai


Vingt-quatrième stance du Shōshinge – Commentaire : Shandao – le troisième patriarche chinois du Jōdo Shinshū

Shandao, (613 – 681), dont le nom japonais est Zendō (善導), est le cinquième patriarche du Jōdo Shinshū et le dernier de ses patriarches Chinois.

Ordonné jeune, il étudia la voie de la Terre Pure auprès de Daochuo et devint son propagateur chinois le plus connu. Bien que pratiquant également la méditation sur le Bouddha Amida et sa Terre Pure tels que décrits dans le Soutra des Contemplations du Bouddha Vie-Infinie, l’originalité de son enseignement tient dans sa conviction que le Nembutsu récitatif seul suffit à atteindre la naissance dans la Terre Pure. Cet enseignement marqua tellement Hōnen, le maitre de Shinran, qu’il abandonna toutes les autres pratiques et fit de Shandao son seul maitre.

Ainsi pour Hōnen et Shinran, Shandao fut le premier à réellement clarifier la véritable intention du Bouddha qui est de faire du Nembutsu récitatif, pratique simple accessible à tous, notre pratique exclusive. En plus de cela, il fut le premier des patriarches à affirmer que malgré la clause d’exclusion indiquée dans le 18ème vœu, en réalité aucun être ne sera exclu. Pour rappel, le 18ème vœu dit :

Si, lorsque je serais devenu Bouddha, les être sentients dans les mondes des dix directions qui, s’en remettant à moi joyeusement et sincèrement, désirant renaitre dans ma Terre, et appelant mon nom ne serait-ce que dix fois, ne devaient pas y naitre, alors que je n’obtienne pas l’Eveil Parfait. Sont exclus cependant ceux qui auront commis les cinq fautes graves et qui auront calomnié la loi correcte.

D’après Shandao, les cinq fautes graves dans le Mahayana sont :

  1. Détruire des Stupas, brûler des soutras, ou piller les possessions des trois trésors.
  2. Parler en mal des enseignements des trois véhicules, dire que ce ne sont pas des enseignements sacrés, empêcher leur diffusion ou les censurer, essayer de les cacher ou de les masquer.
  3. Battre ceux qui sont devenus des renonçants, qu’ils maintiennent les préceptes ou non, même s’ils n’ont pas reçu les préceptes ou s’ils les ont enfreints, les persécuter, énumérer leurs fautes, les emprisonner, les forcer à retourner à la vie laïque, les forcer à réaliser des taches avilissantes, leur faire payer des taxes ou leur ôter la vie.
  4. Tuer son père, blesser sa mère, faire couler le sang d’un Bouddha, briser l’harmonie au sein de la Sanga ou tuer un Arhat. [Il s’agit des cinq fautes graves de le Bouddhisme Hinayana.]
  5.  Dire que la loi de cause à effet n’existe pas et réaliser constamment les dix transgressions tout au long de la longue nuit de l’ignorance.

En lisant le 18ème vœu, il parait clair que ceux qui commettent ces fautes ainsi que ceux qui ont calomnié le Dharma ne peuvent atteindre la naissance dans la Terre Pure. Cependant, ce n’est pas la compréhension de Shinran et il s’appuie pour cela, dans le Kyōgyōshinshō, au chapitre sur la Foi, sur Tanluan et Shandao.

Il est intéressant de noter ici que la vision de ces deux patriarches diffère cependant en ce qui concerne cette exclusion. Ainsi, Tanluan comprend que ceux qui ont commis les cinq fautes graves peuvent bien atteindre la Terre Pure, mais pas ceux qui ont calomnié la Loi correcte. Il se base pour cela sur le Soutra des Contemplations du Bouddha Vie-Infinie qui dit :

Ceux qui ont commis les cinq fautes graves et les dix transgressions, et ceux qui commettent le mal atteignent la naissance [dans la Terre Pure]. 

Mais Shandao va plus loin, pour lui personne n’est réellement exclu des vœux du Bouddha :

Comme indiqué dans les quarante-huit vœux, ceux qui calomnient le Dharma et ceux qui commettent les cinq fautes graves sont exclus ; cela veut dire que ces deux types d’actions sont les plus grands empêchements […]. Le Tathāgata, craignant que nous commettions ces deux types de fautes, souhaite avec compassion nous en empêcher par le biais de moyen adaptés en déclarant que nous ne pourrons alors pas naître [dans la Terre Pure].  Mais cela ne veut pas dire que nous ne serons pas saisis [par les vœux du Bouddha Amida].

Et il précise plus loin :

Quand ceux qui calomnient le Dharma ou abandonnent la graine de la Bouddhéité retournent leur cœur, ils rejoignent la Terre Pure. 

Ainsi, pour Shandao comme pour Shinran, tous les êtres, même les pervers et les mauvais qui commettent les pires des actes, s’ils changent leur façon de penser en se confiant à la Compassion et Sagesse Infinie représentées par le Bouddha Amida, peuvent atteindre la Terre Pure. L’exclusion à la fin du 18ème vœu ayant donc une valeur purement didactique, dans le but d’éviter que nous commettions nous même ces actes.

Concernant le troisième vers de cette stance : comme discuté dans le commentaire de la troisième Stance, dans le chapitre sur la pratique dans le Kyōgyōshinshō Shinran parle de l’importance de la Lumière et du Nom d’Amida en tant que causes de notre naissance dans la Terre Pure :

 En vérité nous savons que sans le Nom plein de vertus, notre père compatissant, la cause directe de notre naissance [dans la Terre Pure] serait manquante. Sans la Lumière, notre mère compatissante, nous serions séparés de la cause indirecte de notre naissance [dans la Terre Pure]. Mais même si les causes directes et indirectes en viennent à se rencontrer, si la conscience Karmique de la foi est manquante, on ne peut atteindre la Terre de Lumière. Le Nom et la Lumière – notre père et notre mère – sont les causes externes. Lorsque la cause interne et les causes externes fusionnent, on réalise le Vrai Corps [de la Loi] dans la Terre pleinement réalisée. 

Il justifie ce passage par une citation de Shandao qui dit :

[Amida] saisit et sauve les êtres à travers les dix directions par sa lumière et son nom ; [Amida] amène les êtres à réaliser Shinjin et à souhaiter naître [dans la Terre Pure]. 

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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