Nagarjuna - ryûju
Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Treizième Stance : Nāgārjuna

La prédiction du Bouddha Shakyamuni concernant Nāgārjuna

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette treizième stance, Shinran paraphrase une prédiction énoncée par le Bouddha Shakyamuni dans le Laṅkāvatāra Soutra au sujet de Nāgārjuna, le premier patriarche du Jōdo shinshū.


Treizième stance du Shōshinge – Traduction

(13) Le Tathāgata Śākyamuni, sur le mont Laṅkā,

釋迦如來楞伽山 – Sha ka nyo rai Ryō ga sen

Prédit aux multitudes [d’êtres] qu’en Inde méridionale

爲衆告命南天竺 – I shu gō myō nan ten jiku

Le Mahāsattva (Grand-Être) Nāgārjuna viendra au monde,

龍樹大士出於世 – Ryū ju dai ji shut to se

Et qu’il détruira complètement les vues sur l’être et le non-être.

悉能摧破有無見 – Shitsu nō zai ha u mu ken


Treizième stance du Shōshinge – Commentaire : La prédiction du Bouddha Shakyamuni concernant Nāgārjuna

Cette treizième stance introduit le premier patriarche du Jōdo shinshū : Nāgārjuna (IIème – IIIème siècle), connu au Japon sous le nom de Ryūju.

Nāgārjuna est sans conteste le personnage le plus important de l’histoire du Bouddhisme après le Bouddha Shakyamuni lui-même. Son importance est telle qu’il est reconnu comme patriarche dans la plupart des écoles Bouddhiques. Il est par exemple le quatorzième patriarche dans le Zen, le troisième patriarche dans le Shingon…

La vie de Nāgārjuna est pourtant entourée de mystères et est à l’origine de nombreuses légendes.

Une de ces légendes veut que sa naissance ainsi que ce qu’il allait accomplir auraient été prédits par le Bouddha Shakyamuni dans le cadre des enseignements donnés à Laṅkā et reportés dans le Laṅkāvatāra Soutra (楞伽阿跋多罗宝经). Les trois derniers vers de la treizième stance du Shōshinge, ainsi que les deux premiers vers de la quatorzième stance sont une paraphrase de cette prédiction, permettant de souligner l’importance et le destin hors du commun de Nāgārjuna.

Une autre légende raconte que le Bouddha aurait confié aux Nāga, des divinités serpents, les soutras de la perfection de la sagesse (prajñāpāramitā) en attendant que les humains aient les capacités suffisantes pour les comprendre. Nāgārjuna serait allé lui-même dans le monde des Nāga pour les récupérer. Ces derniers, ayant reconnu en lui la première personne apte à les comprendre, auraient alors accepté de les lui donner afin qu’il enseigne ces soutras aux humains.

Nāgārjuna est le fondateur de l’école Madhyamaka, « la voie du milieu », du Bouddhisme Mahāyāna. Cette doctrine, mettant l’accent sur la notion de vacuité, insiste sur le fait qu’au niveau de la vérité ultime tous les phénomènes sont vides de toute nature, substance ou essence qui leur donneraient une existence concrète et indépendante. En effet tous les phénomènes sont considérés comme étant interdépendants et impermanents. La vacuité elle-même étant considérée comme vide car dépourvue d’existence séparée des autres phénomènes.

Auteur de nombreux traités et logicien redoutable, il est connu pour son usage du tétralemme qui a pour but de rompre notre attachement à l’être et au non-être. Ainsi, pour Nāgārjuna les quatre propositions suivantes sont toutes correctes :

  • Tous les phénomènes (dharmas) existent – au niveau conventionnel nous percevons ce qui nous entoure et nous même comme étant bien existant.
  • Tous les phénomènes (dharmas) n’existent pas – au niveau de la vérité ultime, tous les phénomènes étant dépourvus d’existence indépendante et permanente, ils sont vides et n’existent donc pas.
  • Tous les phénomènes (dharmas) à la fois existent et n’existent pas – il s’agit de la conclusion logique des deux propositions ci-dessus.
  • Tous les phénomènes (dharmas) ni n’existent, ni n’existent pas – puisque les phénomènes à la fois existent et n’existent pas, on ne peut pas vraiment dire ni qu’ils existent complètement, ni qu’ils n’existent pas complètement.

Par ce tétralemme, Nāgārjuna contre à la fois la position existentialiste qui prône que les êtres et les phénomènes existent, ainsi que la position nihiliste qui prône que les êtres et les phénomènes n’existent pas, toutes deux considérées comme hétérodoxes dans le Bouddhisme. Il propose à la place une voie du milieu, Madhyamaka, détruisant ainsi les vues erronées sur l’être et le non-être.

Nāgārjuna est traditionnellement considéré comme un des premiers abbés de l’université de Nālandā qui deviendra la plus grande université de l’Inde ancienne.

Douzième Stance du ShōshingeQuatorzième Stance du Shōshinge
Pour partager cet article

Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.