Kiyozawa Manshi
Kiyozawa Manshi,  Traductions

Kiyozawa Manshi : Sur les enseignements et leurs études

La différence entre les enseignements de notre école (shūgi, 宗義) et l’étude de ces mêmes enseignements (shūgaku, 宗学)

Dans mon article sur ce que nous apportent les penseurs modernes de la branche Ōtani, j’ai évoqué la distinction faite par Kiyozawa Manshi entre les enseignements de notre école (shūgi, 宗義) qui sont fixes, et l’étude de ces mêmes enseignements (shūgaku, 宗学) qui est libre, personnelle et changeante. 

En complément de cet article, je souhaite vous présenter, pour la première fois en français, un extrait de l’essai « Kanrenkai o ronzu » (貫練会を論) de Kiyozawa Manshi dans lequel il discute en détail de ce point.


Traduction – sur la différence entre les enseignements de notre école (shūgi, 宗義) et l’étude de ces mêmes enseignements (shūgaku, 宗学)

Il y a une différence claire et nette entre les enseignements de notre école et l’étude de ces enseignements ; il ne faut pas confondre ces deux concepts. Les enseignements de notre école se basent sur ce qui a été établi par [Shinran,] le fondateur de notre école, alors que leur étude se compose des réflexions et recherches par les étudiants qui vinrent après lui. Dans le premier cas il s’agit du Dharma à interpréter, alors que dans l’autre il s’agit des mots issus de l’interprétation. Ainsi, bien que les enseignements de notre école soient fixes et ne soient pas amenés à changer, que leur étude soit amenée à se développer et à changer [dans le temps] ne pose pas de problème.

Les enseignements de notre école se trouvent dans l’œuvre détaillée en six volumes (le Kyōgyōshinshō, 教行信証) [de Shinran], l’Écriture qui établit les enseignements fondamentaux de notre école. Les mots qu’on y trouve sont parfaitement clairs et fixés comme les étoiles dans le ciel. Qui pourrait bien les changer ?

L’étude de ces enseignements consiste à les investiguer et à les examiner d’un point de vue académique, et indépendamment de leurs profondeurs ou qualités respectives, [ces études] sont toutes égales en tant qu’opinions personnelles de ceux qui étudient ces enseignements. Qu’il s’agisse du vaste savoir et de la précision dans l’attention aux détails de Kōgatsuin Jinrei, ou de la clarté et profondeur du discernement de Enjōin Senmyō, il ne s’agit [au final] que des opinions personnelles de [deux] chercheurs étudiant ces enseignements. Donc si un chercheur s’oppose à un autre, ou même s’il s’attaque à un autre, ça ne veut pas dire forcément qu’il va à l’encontre des enseignements de notre école. Clairement, la raison de cela est qu’il s’agit ici de questions d’interprétations au sein de l’étude des enseignements, ce qui reste en dehors de la sphère des enseignements de notre école.

Bien que les passages du Kyōgyōshinshō soient tous très clairs, leur signification est difficile à percevoir ; bien que ses mots soient simples, leur véritable sens est profond. De ce fait, les chercheurs postérieurs de notre école ne peuvent que spéculer sur les intentions réelles de notre fondateur, et ne peuvent affirmer catégoriquement « ceci est l’intention réelle du fondateur !»

Par conséquent, dans la sphère des études des enseignements de notre école, comme il y a des différences dans les compétences des chercheurs, dans leurs domaines d’expertises, et dans plein d’autres domaines encore, de nombreux types d’interprétations différentes en viennent à être exposées. Mais parmi elles il n’y a que des différences de profondeurs ou de qualités, et tant qu’elles ne vont pas à l’encontre des passages du Kyōgyōshinshō, on de devrait jamais les diviser sur la base de leurs vérités ou justesses relatives. Ainsi ce qui caractérise une personne comme étant membre du Jōdo Shinshū est sa croyance dans les enseignements de notre école eux-mêmes, pas dans son allégeance à une tradition spécifique au sein de leurs études.

Si on devait argumenter sur l’utilité relative d’une lignée académique spécifique [par rapport à une autre], le seul intérêt serait de faciliter la conduite des recherches, cela n’aurait pas d’autre intérêt. De ce fait, même si une personne devait ne pas suivre la tradition académique de Jinrei, cela ne l’empêchera pas d’être reconnu comme membre de notre école, de même pour Senmyō. Même si une personne en venait à s’opposer à toutes les interprétations énoncées par tous les chercheurs précédents, même cela ne le disqualifierait comme membre de notre école. Pour savoir si quelqu’un est vraiment un membre de notre école, il n’y a qu’à se poser la question suivante : est-ce que oui ou non cette personne croit aux enseignements de notre école et la sert ?

Traduction réalisée sur la base d’une traduction anglaise inédite de Michael Conway, avec son aimable autorisation.

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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