Akegarasu Haya et Soga Ryojin
Essais

Ce que nous apportent les penseurs modernes de la branche Ōtani

Pourquoi devrions-nous étudier les penseurs modernes de la branche Ōtani ?

Les penseurs modernes de la branche Ōtani tels que Kiyozawa Manshi, Soga Ryōjin, Kaneko Daiei, Yasuda Rijin, Haya Akegarasu ou Shuichi Maida, sont des figures controversées au sein du Jōdo Shinshū. Certains considèrent que leurs enseignements sont une aide précieuse pour aborder les écrits de Shinran. D’autres, au contraire, estiment que leurs enseignements sont à éviter car ils dévient trop des interprétations traditionnelles en vigueur dans le Jōdo Shinshū. Je souhaite dans cet article vous présenter mon avis sur ce que nous apportent les penseurs modernes de la branche Ōtani.

Mon avis personnel est que tout l’intérêt de ces penseurs modernes vient justement de leurs façons d’aborder la tradition Jōdo Shinshū. Plutôt que d’accepter en bloc les interprétations traditionnelles, ils ont cherché à se réapproprier les enseignements de Shinran dans le cadre d’une recherche permanente basée sur leurs propres introspections et à la lumière de la philosophie occidentale.

Quelques exemples issus des penseurs modernes de la branche Ōtani : Kiyozawa Manshi, Haya Akegarasu et Soga Ryōjin

L’extrait ci-dessous, tiré des écrits de Shuichi Maida dans lequel l’auteur discute de la relation entre Kiyozawa Manshi et son élève Haya Akegarasu, illustre bien l’approche des penseurs modernes de la branche Ōtani.

le Révérend Haya Akegarasu disait, « Pendant les trois années que j’ai passé à vivre avec mon enseignant, le Révérend Kiyozawa Manshi, dans le dortoir Kōkō-dō à Tokyo, il n’a jamais approuvé une seule de mes affirmations. »

Si par exemple le Révérend Akegarasu affirmait un jour quelque chose, ses arguments étaient alors systématiquement contrés par le Révérend Kiyozawa de sorte qu’il finissait par reconnaître que l’interprétation du Révérend Kiyozawa était correcte. Le jour suivant, le Révérend Akegarasu se trouvait généralement d’accord avec ce que le Révérend Kiyozawa avait affirmé la veille ; mais lorsqu’il en rediscutait avec le Révérend Kiyozawa, ce dernier détruisait à nouveau cette interprétation [par de nouveaux arguments]. Le jour suivant, après avoir tenté de comprendre ce que le Révérend Kiyozawa avait pu vouloir dire, le Révérend Akegarasu tentait une nouvelle interprétation ; et à nouveau le Révérend Kiyozawa détruisait complètement ses arguments. Le Révérend Kiyozawa n’a jamais laissé le Révérend Akegarasu s’attacher à une conclusion définitive ; et de plus le Révérend Kiyozawa lui-même ne s’est jamais attaché lui-même à une aucune conclusion définitive. Il n’avait rien sur quoi s’appuyer, rien sur quoi se reposer, et rien qu’il ne puisse posséder. 

Traduit de l’anglais à partir de “Heard by Me – Essays on My Buddhist Teacher” de Shuichi Maida, traduit du japonais à l’anglais par Nobuo Haneda.

Un autre exemple frappant est celui de Soga Ryōjin. Le livre « A Soga Ryōjin Reader » par Jan Van Bragt, publié en 2017, contenant des extraits de plusieurs dizaines de ses essais, permet de prendre conscience de l’évolution permanente de sa pensée tout au long de sa vie. Il continua sans arrêt à approfondir sa compréhension des enseignements de Shinran à mesure que lui-même évoluait dans sa vie.

Il est important de comprendre ici que le but de tout ces penseurs n’est pas de déformer les enseignements de Shinran, mais bien de rendre ces enseignements pertinents, clairs et impactants pour les personnes vivants à l’époque moderne. Peux eux, cela passe par la nécessité de sortir les écrits du Jōdo Shinshū du carcan d’auto-suffisance dans lequel ils avaient été enfermés depuis des siècles en les étudiant à la lumière des autres traditions bouddhiques et d’autres disciplines tels que la philosophie ; le tout éclairé par une interprétation personnelle issue de l’introspection.

Différence entre les enseignements de l’école (shūgi, 宗義) et l’étude de ces mêmes enseignements (shūgaku, 宗学)

Cette approche est résumée par Kiyozawa Manshi dans la distinction qu’il fait entre les « enseignements de l’école (shūgi, 宗義)» qui sont fixes, et l’étude de ces mêmes enseignements (shūgaku, 宗学) qui est libre, personnelle et changeante (notre traduction de son article sur ce sujet est disponible ici). Ainsi, les enseignements de l’école, représentés par les trois sutras et les écrits de Shinran sont la base sur laquelle nous nous appuyons toujours. En revanche l’étude et l’interprétation que nous pouvons faire de ces mêmes enseignements est changeante, évoluant en fonction des époques, des cultures, ainsi que des inclinaisons et des connaissances de chacun. Ainsi, cette étude n’est pas directement dépendante des interprétations classiques telles que présentées par exemple par les patriarches du Honganji. Bien entendu, il n’est pas question ici de les rejeter en bloc, mais bien de les considérer avec un regard critique. Ainsi en cas de doutes sur un point de doctrine, plutôt que d’accepter de façon inconditionnelle ces interprétations passées, les penseurs modernes de la branche Ōtani nous proposent d’étudier la question sous plusieurs angles, sans négliger l’apport de notre introspection. L’important étant de comprendre ce que ces enseignements peuvent apporter dans notre vie présente.

Ainsi les penseurs modernes de la branche Ōtani ne proposent pas un nouveau dogme figé en remplacement de l’ancien, mais bien une forme de méthodologie pour aborder l’étude du Jōdo Shinshū. D’ailleurs, au sein même de ce groupe des divergences importantes d’opinions existent, et c’est justement ce qui fait la richesse de ce mouvement. Chacun de ces penseurs proposant sa propre interprétation du Jōdo Shinshū, celle qui lui parle personnellement et qu’il souhaite partager avec ses lecteurs. Libre ensuite au lecteur, dont l’horizon c’est enrichi de nouvelles idées originales, de tracer lui-même son propre chemin au travers des écrits du Jōdo Shinshū.


Et vous, y a t’il un penseur moderne de la branche Ōtani dont les écrits vous influencent beaucoup ? Si c’est le cas, n’hésitez pas à partager dans les commentaires.

En photo, Haya Akegarasu et Soga Ryojin

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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