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Shōshinge – Vingt-huitième Stance : Hōnen

Hōnen – le second patriarche japonais du Jōdo Shinshū

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette vingt-huitième stance, Shinran présente les enseignements de Hōnen, son maître et le dernier des sept patriarches du Jōdo Shinshū.


Vingt-huitième stance du Shōshinge – Traduction

(28) Notre maître primordial Genkū connaissait très bien tous les enseignements du Bouddha.

本師源空明佛教 – Hon shi Gen ku myō buk kyō

Prenant pitié des hommes ordinaires, bons et mauvais,

憐愍善惡凡夫人 – Ren min zem maku bom bu nin

Il propagea les enseignements de la véritable école [de la Terre Pure] en cette terre isolée [qu’est le Japon],

眞宗教證興片州 – Shin shu kyō shō kō hen shū

Sélectionnant et diffusant le vœu primordial dans ce monde mauvais.

選擇本願弘惡世 – Sen jaku hon gan gu aku se


Vingt-huitième stance du Shōshinge – Commentaire : Hōnen – le second patriarche japonais du Jōdo Shinshū

Hōnen (法然), 1133 – 1212, le Maitre de Shinran, est le septième et dernier des patriarches du Jōdo Shinshū. Il est aussi connu sous le nom de de Genkū.

Comme Genshin avant lui, et comme Shinran après lui, Hōnen a été ordonné au sein de l’école Tendai. Cherchant une méthode permettant de sauver tous les êtres, il aurait lu plusieurs fois tout le canon bouddhique avant de s’arrêter sur un passage du commentaire de Shandao sur le Soutra des Contemplations expliquant que le Nembutsu récitatif seul était suffisant.

Suite à cette découverte, Hōnen quitta le mont Hiei et établit sa propre école à Kyōto où il commença à partager sa compréhension du Nembutsu avec toutes les couches de la société japonaise. Parmi ses disciples se trouvaient ainsi autant des nobles très haut placés dans la société japonaise, tel que Kujō Kanezane (九条 兼実), que des samouraïs, des moines, des gens du commun et même des prostituées.

La doctrine radicale de Hōnen, qui affirmait que les pratiques autres que le Nembutsu récitatif ainsi que le maintien des préceptes étaient inutiles, lui attira les foudres de la communauté bouddhique traditionnelle. Ces derniers firent appel à l’Empereur pour interdire le Nembutsu Exclusif et punir Hōnen et ses principaux disciples. Hōnen, tout comme Shinran, furent donc condamnés à l’exil. Certains disciples d’Hōnen furent même exécutés. Hōnen passa quatre ans en exil avant de pouvoir retourner à Kyōto en 1232 et il y mourut l’année suivante.

La doctrine d’Hōnen est présentée en détail dans son ouvrage « florilège sur la sélection du vœu primordial sur le Nembutsu[1] (Senchaku Hongan Nembutsushū 選択本願念仏集) », dont le tire est souvent abrégé en « Senchaku-shū », écrit à la demande de Kujō Kanezane. Il y explique en détail pourquoi le Nembutsu récitatif est le véritable acte permettant la naissance dans la Terre Pure. Dans la postface du Kyōgyōshinshō, Shinran ne tarit pas d’éloges sur cet ouvrage :

Le Senchaku-shū a été compilé à la demande du Chancelier, le Laïc ordonné (Kujō Kanezane). Les éléments cruciaux concernant la vraie essence de la voie de la Terre Pure et l’importance du Nembutsu ont été rassemblés dans cet ouvrage, dont la lecture est facile à comprendre. Il s’agit d’un écrit brillant, rare et excellent ; un texte précieux, suprême et profond. 

Hōnen ayant donné la consigne de garder ce texte secret de son vivant, seuls ses disciples proches, dont Shinran, eurent l’autorisation de le copier. Il fut cependant diffusé après sa mort et vivement critiqué par certains des plus éminents savants bouddhistes de l’époque, dont Myōe (明恵, 1173-1232). Hōnen étant déjà mort, il revint à ses disciple la tâche de défendre la doctrine de leur maitre. Ainsi une théorie concernant la création de Kyōgyōshinshō est que Shinran l’aurait écrit entre-autre pour réfuter certaines critiques formulées par Myōe, notamment celle disant que Hōnen rejetait l’importance de l’esprit d’Eveil (Bodaishin, 菩提心).

On trouve par exemple une réponse de Shinran dans le chapitre sur la Foi dans le Kyōgyōshinshō où il cite un long passage du Soutra du Nirvana (涅槃経) concernant Ajatasatru (Ajase, 阿闍世). Ce passage illustre comment la voie de la Terre Pure s’adresse aux personnes qui sont dépourvues de la graine de la bouddhéité et sont donc incapables de générer l’esprit d’Eveil par elles-mêmes. Pourtant, en se reposant sur les vœux du Bouddha Amida, ces personnes qualifiées de « difficiles à sauver » sont soignées par le Bouddha. Ainsi, bien qu’étant initialement dépourvues de la graine de bouddhéité, cette dernière leur est offerte par le Bouddha sous la forme de Shinjin. Ils en viennent donc à développer l’esprit d’Eveil par les seuls pouvoirs du Bouddha. Ainsi le Soutra dit :

Ajatasatru fait référence à tous les êtres qui n’ont pas encore produit l’esprit qui aspire à l’Eveil suprême et parfait.

Puis à la fin de la citation du Soutra du Nirvana, Ajatasatru dit :

[…] maintenant pour la première fois je vois un arbre cananda pousser à partir d’une graine d’eranda. La graine d’eranda n’est autre que moi-même ; l’arbre cananda est Shinjin qui n’a aucune racine provenant de mon cœur.

Ainsi, même si notre cœur n’est naturellement pas porté vers la Compassion et la Sagesse, il est possible de voir ses qualités apparaitre et grandir en nous quand nous nous en remettons à la Sagesse et Compassion Infinie représentée du Bouddha Amida.


[1] Traduit en français par Jérôme Ducor : Le gué vers la Terre Pure – Senchaku-shū aux éditions Fayard

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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