Amida Raigo
Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Cinquième Stance : les 11ème et 18ème vœux

les 11ème et 18ème vœux : le vœu que nous atteignons sans faute le Nirvana et le Vœu Primordial du Bouddha Amida

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette cinquième stance, Shinran résume deux vœux extrêmement importants du Bouddha Amida : les 11ème et 18ème vœux.


Cinquième stance du Shōshinge – Traduction

(4) Le nom [du Buddha Amida] incarnant son vœu primordial est l’acte de la vraie fixation.

本願名號正定業 – Hon gan myō gō shō jō gō

Le vœu de s’en remettre [au Bouddha Amida] d’un cœur sincère est la cause [de la naissance dans la Terre pure].

至心信樂願爲因 – Shi shin shin gyō gan ni in

Atteindre l’Eveil égal [à celui d’Amida] et réaliser le Nirvāṇa suprême,

成等覺證大涅槃 – Jō tō gaku shō dai ne han

Est le résultat de l’accomplissement du vœu que nous atteignons sans faute le Nirvana.

必至滅度願成就 – His shi metsu do gan jō ju


Cinquième stance du Shōshinge – Commentaire : sur les 11ème et 18ème vœux

Dans cette stance du Shōshinge, Shinran résume deux autres vœux du Bouddha Amida tout particulièrement importants : le 18ème vœu et le 11ème vœu.

Parmi les vœux du Bouddha Amida décrits dans le « Grand Soutra de Vie-Infinie », le 18ème est traditionnellement considéré comme le vœu le plus important. A tel point que les écoles de la Terre Pure le nomment généralement « le Vœu Primordial » du Bouddha. Son contenu est le suivant :

Si, lorsque je serai devenu Bouddha, les être sentients dans les mondes des dix directions qui, s’en remettant à moi joyeusement et sincèrement, désirant renaitre dans ma Terre, et appelant mon nom ne serait-ce que dix fois, ne devaient pas y naitre, alors que je n’obtienne pas l’Eveil Parfait.

Ce vœu est complémenté dans le Soutra par le passage décrivant sa réalisation :

Tous les êtres sentients, en entendant le nom, réalisent ne serait-ce qu’une seule pensée de Shinjin et de joie, qui est dirigée vers eux par l’esprit sincère d’Amida, et désirant renaitre dans cette Terre, ils atteignent ensuite la naissance et demeurent dans le stade de la non-rétrogression.

La version ci-dessus suit la lecture japonaise peu commune que Shinran fait de l’original chinois. En effet, Shinran transforme la lecture traditionnelle dans laquelle le pratiquant est acteur, pour faire d’Amida l’acteur. Il est cependant important de noter qu’en effectuant cette transformation, Shinran reste toujours conforme aux règles utilisées par les auteurs japonais pour lire les textes originaux chinois.

Ce vœu est complété par le 11ème vœu qui dit

Si, lorsque je serai devenu Bouddha, les êtres sentients de de ma Terre n’atteignaient pas obligatoirement l’équivalent de l’éveil parfait, de sorte qu’ils réalisent le Grand Nirvana, alors que je n’obtienne pas l’Eveil Parfait. 

Et le texte de sa réalisation qui précise :

Les êtres sentients nés dans cette Terre demeurent tous parmi les fixés dans le vrai, car dans cette Terre de Bouddha il n’y en n’a pas un seul qui soit incomplètement fixé ou non-fixé.

Traditionnellement, ces deux vœux étaient compris comme indiquant que le pratiquant atteignait la naissance dans la Terre Pure après la mort s’il avait rempli au dernier moment avant de mourir les conditions suivantes : il avait généré le cœur qui s’en remet joyeusement, sincèrement et qui désire la naissance dans la Terre Pure et avait récité le Nembutsu. Ainsi, il n’était pas possible de savoir si cette opération avait réussi juste avant le moment précédant la mort. S’il avait réussi à générer toutes ces conditions au moment exact de sa mort, le pratiquant renaissait alors dans la Terre Pure, considérée comme un environnement parfait pour pratiquer le Bouddhisme. Grâce à cet environnement, celui né dans la Terre Pure ne pouvait plus reculer dans sa pratique et finissait donc obligatoirement par atteindre le Nirvana.

L’interprétation que Shinran fait de ces deux vœux est complètement différente. Pour lui, ce n’est pas de la responsabilité du pratiquant de générer le cœur qui s’en remet joyeusement, sincèrement et qui désire renaitre dans la Terre Pure. Comme on l’a vu ci-dessus, c’est désormais Amida qui prend cette responsabilité pour le pratiquant. Au moment où ces conditions sont atteintes, alors immédiatement prend place la naissance dans la Terre Pure. Nous restons bien physiquement dans ce monde, mais pour Shinran notre cœur réside déjà dans la Terre Pure. Ainsi, nous rejoignons le groupe des fixés dans le vrai directement dans cette vie-ci et nous n’avons donc plus à nous inquiéter de notre état mental au moment de la mort. Puisque nous sommes dès cette vie parmi les fixés dans le vrai, nous devenons dès cette vie-ci comme l’égal des Bouddhas. Lorsque nous mourons, nous atteignons alors directement le Nirvana.

Comme on l’a vu, dans le système proposé par Shinran, un décalage dans la temporalité des étapes menant à l’éveil s’opère par rapport à la tradition. Ce décalage permet aux adeptes du Jōdo Shinshū de se débarrasser de l’angoisse liée au besoin de devoir générer le bon état d’esprit juste au moment de la mort. Il permet également à Shinran d’assimiler la Terre Pure au Grand Nirvana, plutôt que de traiter la Terre Pure comme une zone facilitant la pratique de la voie Bouddhique.

Quatrième Stance du ShōshingeSixième Stance du Shōshinge
Pour partager cet article

Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.