Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Onzième Stance : La barrière de notre égo

Sur la plus grande des difficultés : l’abandon de notre égo

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette onzième stance, Shinran nous parle de ce qu’il considère comme la plus grande difficulté sur notre voie spirituelle : abandonner notre égo pour nous en remettre entièrement à la Compassion et à la Sagesse Infinies représentée par le Bouddha Amida.


Onzième stance du Shōshinge – Traduction

(11) Le Nembutsu issu du vœu primordial du Buddha Amida,

彌陀佛本願念佛 – Mi da butsu hon gan nem butsu

Pour les êtres mauvais aux vues fausses et qui sont arrogants,

邪見憍慢惡衆生 – Ja ken kyō man naku shu jō

Est extrêmement difficile à croire avec joie et à maintenir

信樂受持甚以難 – Shin gyō ju ji jin ni nan

De toutes les difficultés rien n’est plus difficile que cela.

難中之難無過斯 – Nan chū shi nan mu ka shi


Onzième stance du Shōshinge – Commentaire :
Sur la plus grande des difficultés : l’abandon de notre égo

Dans cette stance, Shinran se réfère au passage suivant du « Grand Soutra de Vie-Infinie » :

Il est difficile de vivre à une époque où un Ainsi-Venu se trouve dans le monde et de pouvoir le rencontrer. Il est difficile d’entrer en contact avec les enseignements des Bouddha et de pouvoir les entendre. Il est difficile de pouvoir entendre l’excellent Dharma des bodhisattvas, les Pāramitās. Il est également difficile de rencontrer un vrai enseignant, d’entendre le dharma et de le mettre en pratique. Mais la plus difficile de toutes les difficultés et de pouvoir entendre ce Soutra et de l’accepter avec foi, rien ne surpasse cette difficulté. 

Ce qui rend cette réalisation aussi difficile est que les enseignements de Shinran, basés sur le « Grand Soutra de Vie-Infinie » peuvent nous sembler aller à l’encontre de la vision que nous nous faisons du Bouddhisme et de l’amélioration personnelle. En effet, notre logique nous dit que plus nous allons pratiquer, plus nous allons devenir quelqu’un de bien en nous débarrassant peu à peu de notre égo. Les enseignements de Shinran nous mettent en garde contre cette approche qui, dans bien des cas, peut au contraire renforcer l’emprise de notre égo sur nous, en nous faisant nous sentir supérieur à ceux qui ne pratiquent pas ou qui sont moins avancés que nous dans leur pratique.

Dans le Bouddhisme Jōdo Shinshū, nous pensons au contraire que le meilleur moyen de nous transformer est d’abandonner notre égo pour nous en remettre à la Compassion et la Sagesse Infinies qui nous entourent à tout moment, symbolisées par le Bouddha Amida. Cette voie spirituelle peut paraître simpliste, mais il est en vérité très difficile de laisser complètement tomber son égo. Nous avons toujours tendance à vouloir contrôler notre chemin spirituel, toujours tendance à vouloir reprendre les rênes de notre pratique pour prouver à notre égo que nous sommes aux commandes.

Même chez les personnes qui ont réalisés Shinjin, ce besoin de contrôle peut revenir à tout moment. C’est pour cela que Shinran précise que cette réalisation est également difficile à maintenir. Notre égo attend, tapis dans l’ombre de notre subconscient, le bon moment pour refaire surface. Cependant une fois l’expérience de Shinjin réalisée, notre lien avec le Bouddha Amida reste si fort que même si nous cédons parfois aux dictats de notre égo, nous finissions toujours par le rejeter au profit de la Compassion et de la Sagesse Infinies représentée par le Bouddha.

Ainsi bien que Shinran parle de Shinjin qui a la dureté du diamant, en pratique notre expérience de Shinjin évolue avec le temps. Au fur et à mesure que notre égo refait surface pour finir par se diluer dans la Compassion et la Sagesse Infinies, nous en apprenons de plus en plus sur cette expérience qu’est Shinjin et avons ainsi autant d’occasions de l’approfondir.

Il est important de noter ici que lorsque cette stance, ainsi que l’extrait du soutra dont elle s’inspire parle de « foi » ou de « croire », il ne s’agit aucunement d’une foi aveugle. Par exemple, il ne nous est absolument pas demandé de croire à la lettre les évènements mythologiques et descriptions incroyables qu’on peut lire dans un Soutra. Le but du Soutra, avec toute la symbolique qu’il déploie, est de nous faire réfléchir sur nous-même et sur le monde qui nous entoure. Ainsi Shinran cite le passage suivant du Soutra du Nirvana (涅槃経) pour parler de la foi :

Il y a deux types de Shinjin : un provient de l’écoute, l’autre de la réflexion. Le Shinjin de cette personne provient uniquement de l’écoute et pas de la réflexion. C’est ce qu’on appelle réalisation imparfaite de Shinjin

En d’autres termes, nous ne devons pas nous contenter de croire aveuglément à ce qu’on nous dit au sujet de la Terre Pure ou du Bouddha Amida. Nous devons réfléchir à cette symbolique et expérimenter en nous-même avec ces concepts afin de comprendre quel sont leurs rôles et leurs impacts dans nos vies. Alors seulement nous pourrons réaliser complètement Shinjin.

Ainsi le Révérend Kiyozawa Manshi, dans son dernier essai « Ma conviction religieuse » (Waga Shinnen,我信念), écrit une semaine avant sa mort, précise :

La deuxième question concerne la raison pour laquelle je crois à l’Ainsi-Venu [Amida]. Comme je l’ai expliqué plus haut, cette situation est le résultat des effets de ma foi, mais il y a bien entendu d’autres raisons. En effet, dire que quelqu’un reçoit le bénéfice des effets [de sa foi] n’a de sens qu’après avoir commencé à croire, puisqu’avant de croire il n’est pas possible de savoir quels en seraient les effets, si tant est qu’il y en ait. Bien entendu, il est possible d’entendre parler de ces effets par d’autres personnes, et alors on pourrait n’avoir aucune raison de ne pas croire, mais en vérité l’impact sur nous même de ce que nous entendons ne dépasse jamais vraiment le niveau des simples suppositions. Ce n’est qu’au travers de notre expérience personnelle que nous pouvons vraiment connaitre la présence ou l’absence d’effets produits par notre foi.

Dixième Stance du ShōshingeDouzième Stance du Shōshinge
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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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