Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Première Stance : Introduction

Shinran, Amida et l’histoire de Dharmākara

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.

Dans ce poème, Shinran résume les points principaux de son enseignement. Il montre également que sa propre conviction religieuse s’appuie sur des sutras et sur les travaux de sept patriarches venant de l’Inde, de la Chine et du Japon.

Je vais vous présenter ce texte stance par stance, accompagné d’une traduction et d’un commentaire, à raison d’une stance par semaine.


Première stance du Shōshinge – Traduction

(1) Je prends refuge dans l’Ainsi-venu Vie-Infinie !

歸命無量壽如來 Ki myō mu ryō ju nyo rai

Hommage à Lumière-Inconcevable !

南無不可思議光Na mu fu ka shi gi kō

Le Bodhisattva Dharmākara, en son rang causal,

法藏菩薩因位時Hō zō bo satsu in ni ji

Se trouvait auprès du Bouddha Lokeshvararaja,

在世自在王佛所zai se ji zai ō bus sho


Première stance du Shōshinge – Commentaire

Que faire quand notre égo nous domine, que nous ne pouvons pas nous en débarrasser, même en y mettant toutes nos forces ?

Shinran, l’auteur du Shōshinge fut ordonné moine dans la tradition Tendai à l’âge de 9 ans. Il passa de nombreuses années de pratique au Mont Hiei, le plus grand complexe monastique du Japon médiéval. Pourtant après avoir pratiqué de toutes ses forces pendant vingt ans, il finit par s’enfuir du monastère, hanté par son incapacité à se libérer par ses propres forces.

Après son départ Shinran eut la chance de rencontrer à Kyoto son futur Maitre, Hōnen. Pour ce dernier, la source du problème était simple : Shinran essayait de se débarrasser de son égo en utilisant son égo, ce qui ne pouvait pas fonctionner. Hōnen lui proposa donc de tenter à la place une autre approche : « tu n’as qu’à simplement réciter le Nembutsu et laisser le Bouddha Amida te sauver » (citation extraite du Tannishō, 歎異抄).

Shinran Honen
Une représentation de Shinran avec son maitre Honen

Shinran médita toute sa vie sur ces paroles, et il lui fallut des années de réflexions, d’introspections et de souffrances – incluant notamment un exil et un retrait de son statut de moine – pour qu’il en arrive à vraiment saisir le sens réel de cette phrase.

Et c’est ce sens que Shinran veut nous faire comprendre au travers des deux premiers vers du Shōshinge. Le conseil de Hōnen s’est un peu transformé pour devenir : « prends simplement refuge dans le Bouddha Vie-Infinie et remercie le pour ses bienfaits ».

Amida est le nom japonais donné au Bouddha nommé en sanskrit Amitābha – lumière infinie – et Amitāyus – vie infinie. D’après les penseurs modernes de l’école Ōtani-ha tels que Kiyozawa Manshi, Soga Ryōjin et Kaneko Daiei, le Bouddha Amida n’est pas un Bouddha historique comme le Bouddha Sâkyamuni. Il s’agit plutôt d’un Bouddha mythologique qui symbolise la Compassion et la Sagesse Infinie disponibles pour tous à tout moment.

Le Bouddha Amida

Et c’est ce que nous rappelle Shinran quand, dans le deuxième vers, il appelle le Bouddha « Lumière Inconcevable » : le Bouddha Amida n’a pas de forme définie, il est la lumière inconcevable de Compassion et de Sagesse qui illumine les ténèbres de notre ignorance, brillant avec égalité sur tous les êtres.

Lorsque nous nous en remettons de tout notre cœur à cette Compassion et Sagesse Infinie, comme Shinran le fait lui-même dans le premier vers, alors immédiatement surgit en nous le désir de les remercier pour ce qu’elles nous apportent. Dans le Jōdo Shinshū c’est ce que nous faisons en prononçant le Nembutsu, Namu Amida Butsu – hommage au Bouddha Amida. Shinran en fait de même dans le second vers, mais sous la forme un peu différente de Namu Fukashigi Kō – hommage à Lumière-Inconcevable.

Il est intéressant de noter que la forme la plus courante de nos jours, Namu Amida Butsu, fut popularisée par Rennyo, un descendant de Shinran, au XVème siècle, mais que Shinran lui-même appréciait tout particulièrement le sens de Namu Fukashigi Kō.

Dans les deux vers suivants, Shinran introduit le Soutra sur lequel il base son enseignement : le « Grand Soutra de Vie-Infinie » (Jp. 無量寿経 , Skt. Sukhāvatīvyūhasūtra). Les évènements décrits dans ce Soutra sont mythologiques. Ils se passent en dehors de notre temps historique et de notre monde. Ils racontent le parcours du Bouddha Amida lorsqu’il était encore un pratiquant du nom de Dharmākara (jp. 法蔵) – trésor de la Loi. Ce dernier était à l’origine un prince qui abandonna son titre pour devenir moine et étudier auprès d’un Bouddha du nom de Lokeshvararaja – Souverain du Monde.

Dans notre branche Ōtani-ha du Jōdo Shinshū, il existe plusieurs interprétations de ce que représente le bodhisattva Dharmākara. Soga Ryōjin, un des penseurs principaux de notre école, a passé toute sa vie à réfléchir sur le sens de cette figure. Pour lui, ce dernier n’est pas une entité séparée du pratiquant. Il proposa notamment de le considérer comme le sujet qui s’en remet au Bouddha. C’est-à-dire que lorsque nous abandonnons notre égo et nous en remettons à la Compassion et la Sagesse représentées par le Bouddha Amida, il s’agit là du bodhisattva Dharmākara qui s’exprime en nous.

Deuxième Stance du Shōshinge
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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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