Shinran Shōnin,  Shōshinge,  Traductions

Shōshinge – Vingt-deuxième Stance : Daochuo

Daochuo – le second patriarche chinois du Jōdo Shinshū

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette vingt-deuxième stance, Shinran présente la pensée du second patriarche chinois du Jōdo Shinshū : Daochuo.


Vingt-deuxième stance du Shōshinge – Traduction

(22) Daochuo détermina qu’il nous est difficile d’accomplir la voie des saints

道綽決聖道難證 – Dō shaku kes shō dō nan shō

Et clarifia que seule l’entrée de la Terre Pure nous est possible.

唯明淨土可通入 – Yui myō jō do ka tsu nyū

Il critiqua la réalisation de myriades de bonnes actions [lorsqu’elles sont basées] sur le Pouvoir Personnel

萬善自力貶勤修 – Man zen ji riki ken gon shu

Et nous encouragea à prononcer exclusivement le nom [du Bouddha Amida], qui est parfait et plein de mérites.

圓滿徳號勸專稱 – Em man toku gō kan sen shō


Vingt-deuxième stance du Shōshinge – Commentaire : Daochuo – le second patriarche chinois du Jōdo Shinshū

Daochuo (562 – 645), dont le nom japonais est Dōshaku (道綽), est le quatrième patriarche du Jōdo Shinshū et le deuxième de ses patriarches Chinois. Tout comme son prédécesseur Tanluan, il se serait d’abord spécialisé dans l’étude du Soutra du Nirvana (涅槃経) avant de se tourner vers la voie de la Terre Pure. D’après la légende, cette conversion se serait faite à la suite de la lecture d’une inscription en l’honneur de Tanluan sur un mur du temple de ce dernier.

Pour Shinran, l’apport principal de Daochuo à la voie de la Terre Pure est sa réalisation que bien que par le passé deux voies menant à la bouddhéité existaient, la voie des Sages et la voie de la Terre Pure, à l’heure actuelle seule la voie de la Terre Pure reste praticable. Pour Daochuo ceci s’explique par le fait que nous sommes entrés dans l’ère de Mappō, l’ère de la fin du Dharma (dont nous avons déjà discuté dans le commentaire de la sixième stance).

Cette position de Daochuo est très clairement exprimée dans le passage suivant issu de son œuvre principale l’Anraku shu (安楽集), que Shinran cite dans le Kyōgyōshinshō au chapitre sur les « Corps de Bouddha et Terres de Transformation » :

Ceci est l’ère de la fin du Dharma, il s’agit du monde mauvais des cinq corruptions. Cette seule porte de sortie, la voie de Terre Pure, et uniquement elle, nous permet encore le passage.

Pour Daochuo, il est donc important d’accorder les êtres, les enseignements et le temps. Ainsi, si les enseignements ne sont pas adaptés aux capacités des êtres ou à l’époque à laquelle ils vivent, il leur est impossible d’atteindre l’éveil. Nous même devons donc considérer nos propres capacités et l’époque à laquelle nous vivons pour sélectionner la voix spirituelle qui nous parait la plus adéquate. Sommes-nous par exemple capables de pratiquer de dures austérités ? Avons-nous la capacité ou même simplement l’envie de renoncer au monde et à notre famille ? Est-ce que les règles monastiques définies par Shakyamuni dans l’Inde d’il y a 2500 ans sont encore applicables de nos jours ? Souhaitons-nous simplement pratiquer la voie bouddhique au milieu des gens que nous aimons en nous basant sur une pratique accessible à tous ?

Dans le Kyōgyōshinshō, Shinran discute de ce thème en complétant le passage de Daochuo par une citation du traité « La lampe pour l’ère de la fin du Dharma » attribué à Saichō (最澄, 767–822) le fondateur de l’école japonaise Tendai (天台). Ce passage justifie entre autres qu’à l’ère de la fin du Dharma les préceptes bouddhiques sont devenus caduques. Ainsi puisqu’il n’y a plus de préceptes, il n’est plus possible ni de les suivre ni de les violer. Les moines de cette époque ne sont donc plus que des moines « en apparence seulement » et pourtant ils sont ce que le monde peut avoir de mieux.

Shinran est l’illustration parfaite de ces moines « en apparence seulement », se définissant lui-même comme « ni-moine ni-laïc » il avait renoncé à tous les préceptes bouddhiques, s’était marié et avait eu des enfants, tout en continuant à porter l’habit d’un moine. Il devenait ainsi l’exemple parfait du moine de l’ère de la fin du Dharma, un moine suivant des enseignements en accord avec ses propres capacités, mais aussi en accord avec son temps.

C’est aussi ce qui lui permit de développer une communauté de « compagnons dans le Dharma (dōbō同明) » dans laquelle les moines n’étaient plus complètement séparés des laïcs. Vivant comme eux, comprenant leurs problèmes, tout en étant nourris par les enseignements bouddhiques, ces moines devenaient à même d’aider concrètement les laïcs dans leur vie spirituelle.

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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