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Shōshinge – Vingt-sixième Stance : Genshin

Genshin – le premier patriarche japonais du Jōdo Shinshū

Introduction

Le Shōshin Nembutsu Ge (正信念佛偈 – le poème sur la croyance véritable dans le Nembutsu) souvent abrégé Shōshinge est un poème long de 30 stances qui est récité tous les jours dans les temples Jōdo Shinshū. Il est extrait du Kyōgyōshinshō (教行信証), l’œuvre majeure de Shinran (親鸞, 1173 – 1262), le fondateur de notre école Jōdo Shinshū.
Dans cette vingt-sixième stance, Shinran présente la pensée du premier patriarche japonais du Jōdo Shinshū : Genshin.


Vingt-sixième stance du Shōshinge – Traduction

(26) Genshin explicita largement les enseignements de toute la vie [du Buddha]

源信廣開一代教 – Gen shin kō kai ichi dai kyō

Mais il prit refuge exclusivement dans [la Terre de] Sérénité et y encouragea tous les êtres.

偏歸安養勸一切 – Hen ki An nyo kan is sai

Il jugea qu’entre le cœur des pratiques exclusives et celui des pratiques mélangées, un est profond et l’autre superficiel,

專雜執心判淺深 – Sen zō shū shin han sen jin

Montrant ainsi distinctement la différence entre les deux terres de rétribution et de transformation.

報化二土正辯立 – Hō ke ni do shō ben ryū


Vingt-sixième stance du Shōshinge – Commentaire : Genshin – le premier patriarche japonais du Jōdo Shinshū

Genshin (源信), 942 – 1017, est le sixième patriarche du Jōdo Shinshū et le premier de ses patriarches Japonais. Célèbre prêtre de l’école Tendai, son ouvrage majeur est l’Ōjōyōshū[1] (往生要集) qui est principalement connu pour ses descriptions des enfers bouddhiques et de la Terre Pure ayant influencé fortement l’imaginaire populaire Japonais et qui fut également très bien accueilli en Chine. Ce livre contient aussi la description de plusieurs méthodes de méditation en vue de renaître dans la Terre Pure du Bouddha Amida.

D’après la légende, Genshin aurait lu plusieurs fois le canon bouddhique et aurait fini par se tourner vers la Terre Pure. Il est ainsi connu comme membre d’une société dédiée aux pratiques de la Terre Pure dont le but était de permettre à ses membres de s’entraider en vue d’atteindre la naissance dans la Terre Pure.

Dans le Kyōgyōshinshō au chapitre sur les « Corps de Bouddha et Terres de Transformation », Shinran affirme en se basant sur une citation de Genshin :

Dans le Ōjōyōshū, [Genshin] le Maitre du Shuryogon-in cite le commentaire de Maitre Hai-kan qui dit :
[…]
« Ainsi nous savons que ceux qui s’engagent dans des pratiques dispersées sont des personnes dont les résolutions ne sont pas fermes. Pour cette raison ils naissent dans le royaume de l’indolence et de l’orgueil. Si tu ne t’engages pas dans les pratiques dispersées mais uniquement pratique cet acte [qu’est le Nembutsu], alors c’est que tes résolutions sont fermes et qu’assurément tu atteindras la Terre de Félicité… De plus, ceux qui naissent dans la Terre de rétribution sont peu nombreux ; ceux qui naissent dans la Terre Pure de transformation sont nombreux. […] »

« Ainsi, lorsque je médite sur la compréhension de [Genshin] le Maitre du Shuryogon-in, je vois qu’il révèle dans le « Chapitre qui témoigne du Nembutsu » que le 18ème vœu est le vœu spécial parmi tous les vœux spéciaux [du Bouddha Amida]. Il dit, en exhortant les êtres des pratiques méditatives et non-méditatives enseignées dans le Soutra des Contemplations, « les personnes extrêmement mauvaises devraient simplement dire [le nom d’] Amida. » Cela signifie que les moines et laïcs de ce monde impur feraient bien de considérer avec soin leurs propres capacités. Réfléchissez-y bien ! »

Ainsi, pour Shinran, une pratique ne peut être vraiment efficace que si on s’y consacre entièrement de tout son cœur. Mélanger les pratiques revient pour lui à douter de l’efficacité de la pratique qui est la plus en accord avec nos propres capacités. Ainsi, il considère que pratiquer le Nembutsu en s’en remettant de tout son cœur à la Compassion et Sagesse Infinie du Bouddha est une pratique bien plus profonde que lorsque nous mélangeons cette pratique avec d’autres.

Il n’y a pas ici une visée sectaire, mais bien un encouragement à choisir la pratique qui nous convient le mieux et à l’approfondir complètement. Lorsque nous avons atteint Shinjin, la réalisation associée est tellement profonde que même si parfois nous doutons ou nous éloignons du Nembutsu, nous finissions toujours par retourner à la Compassion et la Sagesse Infinie représentée par le Bouddha Amida. Une anecdote sur la vie de Shinran lui-même, rapportée par sa femme Eshinni dans une lettre à sa fille Kakushinni illustre bien ce point :

Au quatorzième jour du quatrième mois de la troisième année de l’ère Kangi [1231], vers environ midi, [Shinran] sentit qu’il couvait la grippe, et en début de soirée il se mit au lit assez malade. […] A l’aube du quatrième jour de sa maladie, [je l’entendis dire] au milieu de sa souffrance, « à partir de maintenant il en sera ainsi » ! ». Quand je lui demandais « que se passe-t-il ? Est-ce que tu délires ? » Il répondit :

« je ne délire pas. Depuis le deuxième jour de ma maladie j’ai chanté le Grand Soutra [de vie Infinie] sans m’arrêter. Dès que je fermais mes yeux, les lettres du soutra m’apparaissaient, brillantes et en détail, sans qu’un seul caractère ne soit manquant. Ce chant n’a en fait aucun sens, je finis par réaliser, car en dehors de la foi [qui accompagne] le Nembutsu, de quoi d’autre devrais-je donc me préoccuper ? Alors que je réfléchissais soigneusement à cela, [je me suis rappelé] la fois il y a dix-sept ou dix-huit ans où j’avais conçu le projet de chanter les trois Soutras [de la Terre Pure] religieusement mille fois pour le bien de tous les êtres. Puis, me demandant à quoi cela allait servir, [le vers suivant m’était revenu :] « avoir soi-même la foi et permettre aux autres d’avoir la foi est de loin la plus difficile des choses parmi [toutes] les choses difficiles. »
Avoir soi-même la foi et permettre aux autres de l’avoir est réellement la meilleure façon de rembourser la dette que nous avons envers le Bouddha. Ayant foi en cela, qu’est-ce qui pourrait donc bien me manquer en dehors du Nembutsu qu’il me faille sentir le besoin de chanter les soutras ? Ayant réfléchi à cela, je n’ai pas [continué] à les chanter.
Suite à cette [expérience du passé], pourquoi devrait-il me rester ne serait-ce qu’une once [d’envie de chanter les soutras maintenant] ? Nous ferions bien de méditer avec soin sur les attachements qu’ont les êtres humains et la foi qu’ils ont dans leurs propres forces (Jiriki, 自力). Après avoir pensé cela, j’ai arrêté de chanter le soutra. C’est pour cela qu’au matin du quatrième jour de ma maladie j’ai dit « A partir de maintenant il en sera ainsi !»



[1] Une traduction partielle de ce texte est disponible en français dans « Vers la Terre Pure : Œuvres classiques du bouddhisme japonais » par Ryōko Asuka aux éditions l’Harmattan

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Bouddhiste Jōdo Shinshū basé en Franche-Comté qui souhaite partager avec vous sa passion pour cette tradition méconnue du Bouddhisme Japonais

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